Tinieblas gonzález: l'ombre au soleil américain
Il avait illuminé Cannes avec son court-métrage Por un Infante Difunto, puis s'était éteint dans l'obscurité des longs-métrages. Tinieblas González, figure énigmatique du Cinéma espagnol, a troqué les studios madrilènes contre le soleil de Californie, laissant derrière lui une histoire de talent gâché et de rêves brisés.
Des influences gothiques et un début prometteur
Né en Galice en 1972, Valentín Quintas González, plus connu sous le nom de Tinieblas González, a été bercé par les contes sombres de Tolkien, Poe et Lovecraft. Cette fascination pour l'étrange et la macabre a infusé ses premiers écrits, avant de se traduire à l'écran. Son passage par l'Instituto Vasco de Nuevas Carreras de Bilbao lui a permis d'explorer l'audiovisuel, notamment à travers le documentaire A Matanza do Porco, une plongée glaçante dans une tradition ancestrale.
Por un Infante Difunto (1998), son premier court-métrage, fut un véritable coup de maître. Tourné en 35mm, il a conquis la XXXVII Semana Internacional de la Crítica à Cannes, récoltant le prix Canal+. Cette reconnaissance a ouvert les portes d’une série de projections internationales et d’achats par des chaînes de télévision, confirmant le talent brut de ce jeune réalisateur.
The Raven… Nevermore (1999), adaptation audacieuse du poème de Poe, a confirmé son audace. Bien que n'ayant pas remporté de prix Goya, ce second court-métrage a démontré une ambition technique et artistique indéniable.

Le cauchemar du long-métrage et l'exil californien
Les ambitions de González se sont ensuite tournées vers le long-métrage. Raíces de sangre, produit par Andrés Vicente Gómez, s'est heurté à des problèmes de financement et à des désaccords avec le producteur, le projet s'éteignant faute de mieux. D'autres tentatives, comme Ecosistema, ont connu des destins similaires, avant de finalement voir le jour en 2004.
ASD - Alma sin dueño (2008), son premier et unique long-métrage, fut un désastre retentissant. Financé avec des fonds publics, le film a été abandonné par son producteur à quelques centaines de milliers d'euros de la post-production, laissant González sans son œuvre achevée et trahi par le système. La productrice a même osé diffuser une version non autorisée sous un autre titre, Sin dueño, dans un seul Cinéma à Madrid, sans le consentement du réalisateur. Une humiliation publique qui a brisé le cinéaste.
« J’ai été violé, mon film a été violé », a-t-il déclaré, dénonçant l'impunité des producteurs qui dilapident les fonds publics. Le constat était amer : il ne pourrait plus faire de Cinéma en Espagne.
Aujourd'hui, Tinieblas González a trouvé refuge en Californie. Loin du tumulte de l'Espagne, il s'est reconverti dans la publicité et les vidéos sur commande. Il vit désormais dans une maison avec piscine, une Jeep pour explorer les montagnes et entouré d'animaux exotiques. Le cinéaste maudit a-t-il trouvé la rédemption dans le soleil californien, loin des ombres du show-business espagnol ? Le temps nous le dira, mais une chose est sûre : son histoire reste une tragédie poignante, celle d'un talent gâché par les travers d'une industrie impitoyable. Le prix de la création, parfois, est bien amer.
