Chine : la course à la suprématie technologique s'emballe
Pékin défie ouvertement Washington avec un projet de supercalculateur qui pourrait redéfinir les règles du jeu. L'enjeu ? L'indépendance technologique de la Chine, et la confirmation d'une ambition géopolitique grandissante.
Un pari technologique audacieux
Le projet Lingshen, annoncé par le Centre National de Supercalculación de Shenzhen, vise à créer le premier supercalculateur à l'échelle de l'exaflop entièrement basé sur des processeurs chinois. L'objectif est stupéfiant : dépasser les 2 exaflops – soit 2 quintillions d'opérations par seconde – sans recourir aux GPU, ces accélérateurs graphiques qui sont devenus la norme dans le domaine du calcul haute performance. Une entreprise digne d'une course à l'armement technologique.
Pour comparaison, le supercalculateur américain “El Capitán”, basé au Lawrence Livermore National Laboratory en Californie, affiche un rendement théorique de pointe de 2,79 exaflops, obtenu grâce à l'intégration de 44 544 APU AMD MI300A, combinant CPU et GPU. Le projet chinois, lui, mise sur une armée de 47 000 CPU, réparties sur 92 racks de calcul, et une phase pilote de 100 serveurs Huawei Kunpeng, reposant sur une architecture ARM.
Le problème ? La réalité manufacturière est plus prosaïque. Bien que le projet soit théoriquement viable, la Chine se heurte à une difficulté majeure : elle ne dispose pas des processeurs nécessaires pour mener à bien sa mission. Les sanctions américaines, ravivées par une potentielle remontée au pouvoir de Trump, ont considérablement entravé l'accès de Pékin à des composants critiques.

Un héritage amd et des alternatives limitées
Autrefois, grâce à une coentreprise avec AMD nommée Hygon, la Chine pouvait s'approvisionner en processeurs Zen, une architecture performante. Mais ces dernières restrictions à l'exportation ont figé Hygon sur une technologie obsolète, la Zen de première génération datant de 2017 – une génération démodée face aux offres actuelles d'AMD et Intel. La solution Zhaoxin, autre acteur chinois, peine également à fournir des processeurs HPC à la hauteur des ambitions du projet Lingshen.
La situation est donc paradoxale : une ambition démesurée, un projet technologique audacieux, mais une dépendance structurelle aux technologies étrangères. Le pari de la Chine, dans ce contexte, ressemble à un bluff technologique, un pari risqué qui pourrait bien révéler les failles d'une stratégie d'indépendance technologique hâtivement proclamée.
Le projet Lingshen n'est pas qu'une simple course à la performance. C'est un message clair adressé à Washington : la Chine est déterminée à se positionner comme un acteur majeur, voire dominant, dans le paysage technologique mondial, quelles que soient les obstacles.
