Suecia : retour à la craie, une révolution technologique inattendue
On ne pouvait s’y attendre, mais la Suède, bastion de l’innovation numérique, s’apprête à démanteler son modèle numérique scolaire. Un revirement audacieux, presque choquant, qui remet en question les certitudes d’une nation pionnière dans l’intégration des technologies dans l’éducation.
Un retour aux sources : la fin des écrans en classe
À partir de 2025, les écoles suédoises abandonnent l’obligation d’utiliser les outils numériques. Fini les tablettes, les ordinateurs portables, tout ce qui sollicite l’écran et le clavier. Un virage complet vers le papier et le crayon, voire le stylo plume, marque un tournant radical dans l’approche pédagogique.
Le signal est clair : l’administration suédoise, sous la direction du Premier ministre Ulf Kristersson, s’oriente vers une stratégie nouvelle. Un choix motivé par un rapport alarmant de 2022 de l’institut PISA, révélant que près d’un quart des élèves de 15 ans ne parvient pas au niveau de base de compréhension écrite.

La neurosciences au service d’une décision controversée
Le Dr Sissela Nutley, neuroscientifique au Karolinska Institute, justifie ce virage en soulignant les effets potentiellement néfastes de l’utilisation intensive des écrans sur le développement cérébral des enfants. Selon elle, la lecture sur écran altère la capacité de traitement de l’information. Un argument qui a convaincu le gouvernement de débloquer 2,1 milliards de couronnes (environ 190 millions d’euros) pour un programme ambitieux : « De la Pantalla à la Carpeta ».
L’objectif est clair : réintroduire les manuels scolaires, les guides pédagogiques traditionnels, imprimés en masse, dans le nouveau curriculum de 2028. Un retour à l’essentiel, selon les défenseurs de cette stratégie.

Une résistance technologique et économique
Ce choix ne plaît pas à tous. L’Swedish Edtech Industry, regroupant les grandes entreprises suédoises du secteur de l’éducation numérique, dénonce une simplification excessive. Elles craignent que ce retour à l’analogue ne prépare mal leurs élèves à un marché du travail où les compétences numériques sont désormais incontournables – et c’est sans prendre en compte les enjeux du télétravail et de l’essor du “Borderless Talent”.
Des entreprises comme Spotify ou Lego, des succès nationaux, auraient même besoin de ces outils pour prospérer. Une technologie avancée permettrait de développer des solutions innovantes, comme l'IA Legora. Limiter l’accès aux outils numériques risquerait de freiner l’émergence de nouveaux talents et de compromettre le développement de ces entreprises.
La fracture numérique pourrait s’aggraver, les élèves issus de milieux défavorisés se retrouvant désavantagés. La professeure Linnéa Stenliden de l’Université de Linköping met en garde contre un risque d’exclusion.
Une contradiction inattendue
Il est frappant de voir ce pays, jadis un fervent promoteur des nouvelles technologies et un leader dans l’adoption de nombreuses applications quotidiennes, se replier sur lui-même. Une logique paradoxale qui rappelle l’importance de ne pas céder à la dérive technologique sans une compréhension approfondie de ses conséquences. La technologie, faut-il le rappeler, n’est qu’un outil, et non une fin en soi. Elle ne saurait remplacer l'apprentissage fondamental.
