Jeunes gamers britanniques : une propension alarmante aux théories du complot
Une étude accablante révèle que les jeunes joueurs masculins au Royaume-Uni sont deux fois plus susceptibles de croire aux théories du complot que la population générale. Cette découverte, fruit d’une enquête menée par More in Common et l’Institut de narration AKO de l’Université des Arts de Londres, pointe vers un risque croissant de désinformation.
Un phénomène troublant : la fracture numérique et l’attrait des théories
L’enquête, qui a sondé des milliers de jeunes Britanniques en fonction de leur usage habituel des jeux vidéo, met en lumière une tendance inquiétante. L’objectif initial était d’évaluer si les jeux vidéo pouvaient constituer un vecteur d’accès à ceux qui se sont désengagés des médias traditionnels, se laissant manipuler par des sources d’information alternatives et souvent peu fiables.
Les résultats sont clairs : le groupe de joueurs les plus actifs, le fameux « Sceptical Scrollers », – un segment de la population représentant 10% du pays et caractérisé par un faible revenu, un endettement élevé et un logement social – affichait une confiance quatre fois supérieure dans sa capacité à déceler la désinformation.

L’isolement et la recherche d’un espace neutre
Ce groupe, peu habitué à suivre la télévision, à écouter la radio ou à lire le journal, privilégie désormais YouTube, les podcasts et les réseaux sociaux comme sources d’information. Mais dans le domaine vidéoludique, ils dépassent tous les autres en termes d’engagement. Intriguant, cette même population exprime une forte valeur des jeux vidéo en tant qu’« échappatoire, un espace libéré des idéologies politiques ».
Des jeux vidéo, un refuge… et une source de désillusion?
L’étude révèle que « la plupart considèrent les jeux comme une alternative à la réalité morale, politique et cruelle qu’ils vivent, et ils veulent qu’ils restent ainsi ». Cependant, des tests avec des jeux subtilement conçus pour dénoncer une manipulation – l’un des personnages étant victime d’une influence externe, l’autre se révélant vulnérable à la désinformation – ont donné des résultats mitigés. Beaucoup de participants ont exprimé un sentiment de trahison après la révélation du but des jeux. Il semble que l’attrait de ces espaces virtuels soit fragile, et que la confrontation avec la réalité soit plus difficile qu’il n’y paraît.
Au-delà des pixels : un besoin de reconnaissance
Si les jeux vidéo ne semblent pas être un moyen efficace de changer les convictions, l’étude souligne un aspect positif : ils offrent un espace de rencontre et de partage pour un groupe qui se sent souvent marginalisé. Bien que les « Sceptical Scrollers » ne soient pas susceptibles de jouer à un jeu spécifiquement conçu pour contester une théorie du complot, les jeux encourageant la pensée critique – tels qu’Among Us ou Papers, Please – pourraient néanmoins s’avérer utiles. Ce n’est pas une solution miracle, loin de là, mais cela met en lumière une fragilité et un besoin de reconnaissance chez un segment de la population souvent ignoré.
Un constat amer : la désinformation, un symptôme d'une fracture
La situation est alarmante. La méfiance envers les institutions et les médias traditionnels, conjuguée à une exposition accrue à la désinformation en ligne, crée un terrain fertile pour les théories du complot. Il ne s’agit pas de juger, mais de comprendre les mécanismes qui sous-tendent ce phénomène, et d’envisager des pistes d’action pour contrer la propagation de la désinformation, sans pour autant nier les causes profondes de cette fracture sociale.