Pourquoi on achève de regarder des séries nulles : la science a une explication

On l'a tous fait : persévérer dans une série qui, soyons francs, n’en vaut pas la peine. Entre binge-watching compulsif et sentiment de culpabilité, ce phénomène prend une tournure surprenante. Ce n'est pas forcément un manque de goût, ni une addiction au cliffhanger, mais plutôt un mécanisme psychologique bien plus subtil.

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L'effet zeigarnik, mythe et réalité

Depuis des décennies, on attribue cette persévérance à l'effet Zeigarnik, cette propension à mieux se souvenir des tâches inachevées. L’idée, popularisée par la psychologue Bluma Zeigarnik dans les années 1920, suggérait que notre cerveau est irrésistiblement attiré par ce qui reste en suspens. Mais une récente étude publiée dans Humanities and Social Sciences Communications remet en question cette interprétation simpliste, révélant un coupable plus insoupçonné : Maria Ovsiankina.

Si le nom de Zeigarnik résonne encore, c'est que son étude initiale sur le comportement des serveurs dans un restaurant a mis en lumière l’importance de la conclusion d’une tâche pour la mémoire. Pourtant, l'étude d'Ovsiankina, souvent éclipsée, a démontré que ce n'est pas la mémoire qui nous pousse à terminer une tâche, mais plutôt une force intérieure, une tension psychologique qui nous incite à la parachever, même si elle est ennuyeuse ou superflue.

L'étude norvégienne, qui a analysé des décennies de recherches sur la mémoire, a révélé que le ratio de mémorisation est identique entre une tâche achevée et une tâche inachevée. C’est la volonté de clore un cycle, de résoudre l’équation ouverte, qui nous pousse à enchaîner les épisodes, quitte à sacrifier nos précieux moments de détente. Le cliffhanger, souvent invoqué comme justification, n'est qu'un leurre, un prétexte pour satisfaire cette impulsion primale à la finalisation.

Alors, la prochaine fois que vous vous surprendrez à dévorer une série médiocre, sachez que vous n'êtes pas seul. Ce n'est pas un manque d'intelligence, ni un signe de faiblesse, mais simplement le fruit de votre psyché qui cherche à ordonner le chaos, à donner un point final à une aventure narrative sans grand intérêt. La science a parlé : on ne regarde pas une mauvaise série parce qu'on est masochiste, mais parce qu'on est humain.