Nintendo : son brevet 'pokémon', un fiasco retentissant ?
Le géant japonais Nintendo subit un revers majeur. L'USPTO (United States Patent and Trademark Office) a rejeté le brevet controversé concernant le système de combat de Pokémon, celui qui permet aux joueurs d'invoquer des créatures pour les faire s'affronter. Une décision qui résonne comme un coup de massue après des mois de critiques acerbes de la part d'experts en propriété intellectuelle.
Une affaire qui agite le monde du jeu vidéo
L'histoire prend racine dans la bataille juridique opposant Nintendo et The Pokémon Company à Pocketpair, le studio derrière le jeu Palworld. Ce dernier, rapidement comparé à un 'Pokémon avec des armes', a déclenché une vague de poursuites en justice de la part de Nintendo, qui lui reproche une violation de ses brevets. La question au cœur du litige ? La légitimité des brevets Nintendo et leur portée dans l'univers des jeux vidéo.
Florian Mueller, expert en brevets, avait déjà asséné un coup dur en affirmant que Nintendo “n’aurait jamais dû” obtenir ce brevet. Des propos corroborés par Kirk Sigmon, avocat spécialisé dans les brevets de jeux vidéo, qui jugeait les revendications de Nintendo “totalement inacceptables”. Le rejet de l'USPTO valide en partie ces critiques, soulignant le caractère trop large et générique du brevet.
Ce qui rend l'affaire particulièrement complexe, c'est que les mécanismes d'invocation et de combat sont des éléments fondamentaux de nombreux jeux, comme Persona, Digimon, et même Elden Ring. Le brevet Nintendo, tel qu'il était formulé, risquait de verrouiller une part importante de l'innovation dans le genre.

Le 'prior art', un argument décisif
L'USPTO a justifié son rejet en invoquant le concept de “prior art” – des références antérieures qui démontrent que l'invention n'est pas nouvelle. Et là réside l'ironie : deux des applications de brevets citées par l'USPTO datent de Nintendo elle-même, tandis qu'une autre provient de Konami et une dernière de Bandai Namco. Autrement dit, Nintendo avait déjà déposé des idées similaires auparavant, invalidant ainsi la nouveauté de son brevet actuel.
Bien que ce rejet ne soit pas définitif et que Nintendo puisse faire appel, il compromet sérieusement sa position dans le litige avec Pocketpair. L'enquête, qui s'était considérablement ralentie depuis octobre dernier, pourrait connaître de nouveaux rebondissements. Le verdict final aura un impact majeur sur l'avenir de Palworld et, plus largement, sur la manière dont les brevets sont appliqués dans l'industrie du jeu vidéo.
Le succès fulgurant de Palworld, qui a pulvérisé les records de ventes et de joueurs simultanés dès son lancement sur Steam et Game Pass, a contraint Pocketpair à réagir rapidement. L'entreprise a même conclu un partenariat avec Sony pour créer Palworld Entertainment, témoignant de l'énorme potentiel de l'IP. Cependant, malgré des modifications apportées au jeu, notamment la suppression des sphères de capture de Pals, le studio reste sous pression. Les développeurs ont même été forcés de publier des correctifs en raison du procès.
La décision du juge Motoyuki Nakashima, à la tête de la division des brevets du tribunal de district de Tokyo, sera déterminante. En attendant, Pocketpair continue de mettre à jour Palworld en vue de son lancement définitif, tout en naviguant dans les eaux troubles de cette bataille juridique qui pourrait redéfinir les règles du jeu.
